La méditation


Publié le

Mis à jour le

, ,


Qu’est-ce que méditer ? C’est élargir sa conscience au maximum.

Il est bien des manières de méditer. La méditation en pleine conscience, le yoga, la marche, la peinture, la prière, le travail, l’écriture, la réflexion philosophique, l’escalade, le combat dans les arts martiaux, la résolution d’un problème mathématique, une partie d’échec, jouer de la musique, chanter, danser, nager, etc.

Je tiens pour vrai que méditer est une des activités les plus importantes dans l’existence, si pas l’activité la plus importante.

Méditer est peut-être la plus haute manière de s’engager, c’est-à-dire la plus haute manière d’exister.

Nous avons vu qu’exister, contempler l’existence, créer et aimer pouvaient être les réponses génériques à la question du « que faire de ton existence ?« .

Nous avons vu que face au Mal, il était nécessaire d’ajouter à cela l’engagement.

Méditer permet de réunir toutes ces facettes d’une seule et même réalité : l’Existence.

Exister implique d’exister, de contempler l’existence, de créer, d’aimer et de s’engager. Méditer, c’est exister. Méditer, c’est contempler l’existence. Méditer, c’est créer. Méditer, c’est aimer. Méditer, c’est s’engager.

Au cœur de la méditation, il y a l’élargissement de la conscience. De quoi s’agit-il ?

L’Existence implique l’Être, à l’opposé du Néant. Un niveau élémentaire d’être est celui des choses inanimées. Les êtres vivants sont eux animés. Ils sont doués pour certains de sensibilité, d’intelligence et de conscience. La logique pure rend impossible d’exclure l’existence de la sensibilité, de l’intelligence et de la conscience même chez le plus basique des êtres vivants. C’est uniquement par l’usage du rasoir d’Ockham (principe méthodologique de parcimonie en philosophie et en science : les hypothèses suffisantes les plus simples doivent être préférées) que nous faisons le postulat de l’exclusion de certaines propriétés complexes chez les organismes les plus simples.

Ainsi, la sensibilité est une forme plus élaborée de l’excitabilité partagée par tous les êtres vivants, c’est-à-dire de réponse d’un organisme vivant à un ou des stimuli. C’est cette excitabilité qui nous distingue, nous les vivants, des choses inanimées comme les cailloux. La bactérie la plus archaïque est sensible, en ce sens, aux évolutions de son milieu.

L’intelligence implique une capacité à s’adapter à l’évolution de son milieu ou d’adapter son milieu à sa propre évolution par une forme de computation (de calcul en général) plus ou moins complexe. C’est pourquoi au sens le plus large, l’intelligence est partagée par tous les êtres vivants (des plantes aux humains en passant par les fourmis et les champignons). A nouveau, la bactérie la plus archaïque est déjà dotée d’une forme élémentaire d’intelligence au sens le plus large, par sa capacité d’adaptation, même si elle ne dispose pas d’un cerveau ou d’un système nerveux.

La conscience forme un niveau de complexité supérieur car elle implique la capacité de réflexivité, c’est-à-dire la capacité à prendre conscience de soi-même et de ses propres processus, en particulier de ses propres processus de pensée.

Nous les humains avons un corps excitable au sens qu’il réagit inconsciemment aux stimuli externes (comme lorsqu’il régule notre température corporelle par rapport à la température extérieure). Nous sommes doués d’un haut niveau de sensibilité car nous avons un système nerveux élaboré. Nous sommes dotés d’une haute intelligence liée à la taille de notre cerveau, qui est sans doute le système le plus complexe dans l’Univers.

Mais ce qui nous distingue encore davantage du reste du vivant, et qui est également lié à la complexité de notre cerveau, c’est notre conscience, c’est-à-dire notre capacité de réflexivité. Nous pouvons réagir automatiquement, sentir et réagir, réaliser des opérations de computation pour calculer différentes options et adopter des stratégies. Mais surtout, nous pouvons faire cela en ayant conscience que nous sommes une entité unique et que nous sommes en train de faire ce que nous faisons. Nous pouvons nous observer nous-mêmes en train de penser et d’agir, ce qui autorise une rétroaction entre notre pensée ou notre action initiale et son évolution ultérieure, ce qui nous permet de nous améliorer et même d’améliorer notre processus d’amélioration lui-même. C’est ce bouclage de notre intelligence sur nous-mêmes qui explique notre incroyable capacité métaphysique, éthique, politique, sociale, psychologique, scientifique et technique.

Et ça ne s’arrête pas là. Nous avons des pensées automatiques que nous pouvons observer et réorienter. Mais nous pouvons aussi réorienter le processus de réorientation lui-même, c’est-à-dire réfléchir sur notre manière de réfléchir sur nos pensées et actions. Il s’agit d’une réflexivité au carré. Une réflexivité au cube est-elle possible ? Oui ! C’est ce qu’a voulu démontrer Edgar Morin dans son ouvrage La Méthode : on peut élaborer une pensée sur la pensée de la pensée, une épistémologie de l’épistémologie, une conscience de la conscience de la conscience, où l’on pourra examiner les méta-paradigmes qui gouvernent notre manière de penser nos pensées sur nos pensées et actions.

Illustrons tout cela. L’être humain, comme d’autres êtres vivants complexes, ne doit pas penser à respirer, à digérer, à réguler sa température corporelle, mais il peut réfléchir en temps réel, comme les singes, à la manière d’attraper une banane dans un bananier, en fonction de la configuration du bananier et de la banane, et de la longueur de son bras. Humain et singe sont doués d’une grande intelligence. En outre, les grands singes sont capables d’une certaine réflexivité, ils ont une conscience de soi et peuvent orienter leurs pensées afin de mieux s’adapter à leur environnement (en anticipant les obstacles qu’ils vont devoir franchir pour obtenir ce qu’ils souhaitent et choisir ensuite la meilleure stratégie, par exemple en emportant à l’avance un long bâton avant d’aller jusqu’à la bananeraie).

Mais aucun singe n’a développé une réflexion sur la pensée chez les singes afin de l’améliorer, contrairement à nous les humains. Aucun singe n’a imaginé, face aux difficultés de communication entre tribus, créer un système de symboles pour communiquer par écrit à distance, ni n’a lancé un atelier de fabrication de perches pour attraper des bananes. Et, au niveau de la réflexivité au cube, aucun singe n’a développé une réflexion sur la réflexion sur la communication entre singes, c’est-à-dire une connaissance des méthodes (épistémologie, sémantique, sémiologie, etc.) qui étudient tous les systèmes de communication et de connaissance (digital, notation musicale, hiéroglyphes, code morse, etc.).

Il n’est pas démontré que les singes éprouvent notre sentiment de l’Absurde, du Tragique, du Mystère, du Mal, du Spirituel, qui sont fondés sur notre réflexivité au cube. C’est là peut-être, dans notre conscience de notre conscience, que réside notre plus haut niveau de complexité, qui nous distingue radicalement de l’ensemble du règne du vivant, bien davantage que nos caractéristiques physiques où le fait d’être simplement sensibles, intelligents et conscients.


Si l’Humanité est l’Univers prenant conscience de lui-même, alors augmenter notre niveau de conscience par la méditation pourrait bien être notre plus noble tâche. Et préserver notre capacité de conscience, c’est-à-dire l’Humanité, pourrait être un devoir éthique absolu.

Notre vie toute entière gagnerait sans doute à devenir une longue méditation vers la pleine conscience. Peut-être s’agit-il de la meilleure finalité pour l’Humanité elle-même ?


Image by 🆓 Use at your Ease 👌🏼 from Pixabay


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *