La Société




Les êtres humains ne vivent pas solitaires et indépendants. Ils sont assemblés dès leur naissance, s’assemblent et se rassemblent tout au long de leur existence. Ils vivent en groupes et sont reliés entre eux par un dense tissu de relations d’interdépendances. Ils dépendent les uns des autres pour survivre. Cet assemblage des humains, de tout temps et partout, et les phénomènes systémiques et complexes qu’il génère, c’est ce que nous nommons la Société. Il y eut des sociétés paléolithiques de chasseurs-cueilleurs, des sociétés agraires au Néolithique, puis des villes, des États, des royaumes et des empires. Des sociétés antiques, des sociétés médiévales, des sociétés modernes, et puis aujourd’hui, des sociétés de masse et thermo-industrielles.

Nous sommes des êtres sociaux car nous vivons en société. On ne parle pas de la société des cailloux. Mais on parle des animaux sociaux -qui vivent en société- comme les fourmis, les abeilles, les oiseaux, les loups, les singes. Il ne suffit pas de s’assembler pour former une société. Un banc de poissons n’est pas une société. Il faut encore développer ce dense tissu de relations d’interdépendances, de communication, d’action collective, de hiérarchie sociale, de répartition du pouvoir, etc.

Les relations sociales s’additionnent et se complexifient, du lien fondamental mère-enfant, du lien enfant-parents, du couple, jusqu’à l’État et l’union d’États, en passant par la famille élargie, le voisinage, la communauté, l’organisation, l’entreprise, l’association, le parti, l’institution, les collectivités territoriales, etc.

La Première ministre néolibérale Margaret Thatcher avait fameusement dit « il n’y a pas de société ». En effet, pour le néolibéralisme, la société n’existe pas, il n’y a que des individus. Cela est manifestement faux. Il est impossible d’étudier l’espèce humaine, l’humanité, les groupes humains de différente taille et complexité, sans postuler qu’il existe une réalité sociale qui émerge des relations entre individus, et qui est plus que la somme de ces individus. Ainsi, il existe un fait social, des faits sociaux, qui se déploient au sein des sociétés. Il existe un complexe social au sein de l’Humanité.

Bien sûr, il existe de nombreuses définitions de ce qu’est une société. Des définitions scientifiques, différentes selon les disciplines et les paradigmes. Des définitions politiques et puis, le langage courant.

Mais il y a des invariants entre ces définitions :

  • L’existence d’individus et d’individualités.
  • L’existence de relations entre ces individus.
  • L’existence de groupes d’individus aux appartenances et à échelles multiples.
  • L’existence d’actions individuelles et collectives plus ou moins coordonnées.
  • L’émergence de phénomènes sociaux (faits sociaux) qui ne sont pas réductibles aux individus qui pourtant les font exister.
  • L’émergence d’institutions comme les normes sociales.
  • L’existence d’une dimension noosphérique, non matérielle, idéelle, qui irrigue l’ensemble de la société et qu’on peut appeler « Culture » ou « Noosphère ».


La Société est plus qu’un ensemble d’individus. Elle est plus que la notion de groupe, et toutes ses notions dérivées, tous les mots que nous employons pour décrire des groupes humains divers et variés (famille, tribu, clan, communauté, peuple, etc.). Bien que certains assimilent société et civilisation, il peut être intéressant de les définir différemment. Ainsi, on peut considérer que la Civilisation est un ensemble social plus macroscopique que la Société, avec une extension spatiotemporelle beaucoup plus ample. La civilisation est un concept plus méta que la société. Ainsi, on pourra parler de la civilisation égyptienne antique, à cause de ses invariants culturels qui la structurent durant plusieurs millénaires ; et on pourra parler de la société égyptienne du Moyen-Empire pour indiquer la culture propre à son époque et à son espace géographique correspondant, plus restreint. La population n’est pas la société. La population, c’est l’ensemble des individus vivants à un moment et à un lieu donné, formant une société et étant l’expression actuelle d’une civilisation. Le peuple n’est pas la société. C’est une notion politique avant tout. La population devient peuple lorsqu’elle influence le champ politique.

On peut utiliser l’adjectif « social » pour parler des faits et phénomènes sociaux micro- et méso-scopiques tandis que l’adjectif « sociétal » s’adressera davantage aux phénomènes plus macroscopiques relatifs à la société entière. L’urgence climatique est un enjeu sociétal tandis que le mariage est un fait social.

La Société est un système complexe. De là découle qu’on peut utiliser les outils de la systémique complexe pour l’analyser.


Color Desktop Paper – Free photo on Pixabay – Pixabay


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *