L’Intelligence Artificielle (IA)


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Citer Intelligence et l’Intelligence, le Bien et le Mal.

Qu’est-ce que l’IA ?


On pourrait penser que l’Intelligence Artificielle, c’est simplement une intelligence qui est artificielle, comme on parle d’une jambe artificielle, d’un lac artificiel, d’une attitude artificielle. Et se contenter de cette compréhension immédiate. Cependant, une pensée complexe, systémique, écologique, ne peut en rester là car elle se méfie comme la peste de l’illusion qui se cache souvent derrière l’évidence, y compris sémantique. Le sens que nous attribue à l’adjectif « artificiel » n’est en effet pas anodin, et lourd de portée en prospective et en philosophie.

Nous avons déjà esquissé le phénomène général de l’Intelligence. Comme on ne parle pas de l’intelligence d’un caillou, mais bien de l’intelligence d’une mouche, d’un singe ou d’un être humain, on pourrait en déduire a priori que l’intelligence est un phénomène réservé au Vivant, qu’elle ne peut s’engrammer que dans des entités vivantes.

Cependant, l’examen du Réel nous oblige à élargir cette vision des choses et à prendre au sérieux la possibilité que l’Intelligence ne soit pas réservée au Vivant. Car aujourd’hui, on parle de l’intelligence d’un ordinateur, d’un programme, d’un robot. On discute aussi des objets intelligents. Aujourd’hui, on parle sérieusement d’une intelligence artificielle, c’est-à-dire du phénomène général de l’Intelligence Artificielle (IA).

Pour bien comprendre de quoi l’on parle, il faut donc compléter la discussion du mot intelligence par une discussion du mot artificiel. Dans notre métaphysique dominante, le mot artificiel s’oppose au mot naturel. On le saisit bien avec les trois exemples donnés plus haut : jambe artificielle, lac artificiel, attitude artificielle. Notre métaphysique dominante, cette métaphysique occidentale qui a conquis le monde entier, est en effet fondée sur des oppositions binaires construites notamment depuis les premiers philosophes de la Grèce antique. Dans cette vision du monde, il y aurait des entités naturelles et des entités non naturelles. Ces entités non naturelles peuvent être surnaturelles, comme les esprits ou les dieux, ou artificielles, comme les outils, les temples, les livres. Ce qui les distinguent, c’est le fait de savoir si ces entités sont le produit ou non des Humains. Les produits des esprits et des dieux sont surnaturels, les produits de la Nature sont naturels et les produits des Humains sont artificiels.

Cette attribution des propriétés des entités en fonction d’une distinction arbitraire de leur phénomène générateur rend notre métaphysique éminemment anthropocentrique. Nous nous prenons, nous les Humains, comme l’aune à partir de laquelle mesurer le caractère naturel, surnaturel ou artificiel des phénomènes que nous observons, ou croyons observer. Ce que la nature n’a pu produire, nous le jugeons non naturel. Et parmi le non naturel, ce que nous avons produit, nous le nommons artificiel. Et ce que nous ne pouvons attribuer ni à la nature ni à l’Humain, nous le jugeons surnaturel.

L’évolution des sciences et des technologies, et de la philosophie occidentale, a conduit à repousser le surnaturel au minimum, au point de le supprimer complètement dans certaines conceptions matérialistes du monde. Ne restent alors que le naturel et l’artificiel. Cependant, des conceptions différentes ont existé avant celle-ci. Il y a eu des cosmologies animistes chez les peuples premiers, des visions écocentriques du monde qui ne faisaient pas de l’Humain la mesure de toute chose, et qui distinguaient bien différemment de nous ce que nous appelons naturel, surnaturel et artificiel. Et des conceptions plus récentes en métaphysiques veulent mettre fin à l’opposition binaire propre à notre métaphysique dominante, qui sépare l’Humain et la Nature. Certaines de ces conceptions unifient tous les phénomènes en refusant à l’Humain de se séparer de la Nature. Il s’agit notamment des conceptions monistes en philosophe, comme celle du philosophe Baruch Spinoza, qui unifie Nature, Humain et même Dieu dans sa métaphysique. Il s’agit également des conceptions écocentriques qui, en s’opposant aux conceptions anthropocentriques, décentrent notre point de vue. Dans une conception écocentrique, l’espèce humaine est une manifestation de la Nature au même titre que toutes les autres. Et puis certains ré-explorent les conceptions animistes des peuples premiers. Les scissions entre catégories, dans ces visions du monde plus anciennes ou plus récentes que la vision dominante actuelle, sont soit inexistantes, soit différentes. Autrement dit, tout ce que nous nommons artificiel peut se révéler tout à fait naturel dans d’auters conceptions. On pourrait alors affirmer que toutes les productions dans l’Univers sont naturelles, celles de la « nature », celles de « l’Humanité » et celles de « l’IA », et qu’aucune n’est « artificielle ». L’Humanité est alors une production de la Nature comme les autres et donc toutes les productions de l’Humanité sont des productions de la Nature in fine, en ce compris l’IA et ses propres productions ensuite. Dès lors, si l’on suit ce fil, il n’existe pas d’intelligence artificielle. Ce que nous appelons IA est simplement une forme parmi d’autres du phénomène général d’Intelligence au sein de la Nature (qui n’est autre que l’Univers), et il n’y a pas lieu de l’en distinguer à ce point de l’intelligence humaine ou non humaine ailleurs observable.

Il faut également noter à ce stade que tout ce que nous pourrions appeler IA ne peut pas s’observer actuellement comme un phénomène autonome de l’Humanité et du Vivant. Jusqu’à présent, sans Humain vivant, rien de ce à quoi nous attribuons une intelligence artificelle ne pourrait le démontrer auprès d’un observateur extraterrestre par exemple. Sans Humains, tout s’arrête et on ne peut plus observer d’intelligence artificielle à l’œuvre. C’est seulement si des entités intelligentes (artificielles) poursuivaient leur aventure dans l’Univers en l’absence totale d’implication et d’interaction avec l’Humanité et la Vie, pour une durée de temps significative, que nous pourrions réellement parler d’intelligence artificielle dans un sens autonome. À ce stade cependant, il est encore difficile de savoir si une telle forme d’intelligence totalement autonome de l’Humanité et du Vivant, dotée d’un substrat matériel ou non, sera possible un jour, même si la science fiction a énormément exploré ce scénario.

Afin d’aller plus loin, revenons sur l’expression d’objet intelligent, qui permettra de mieux saisir ce qu’on entend par IA. Il s’agit de savoir quand est apparue l’intelligence artificielle. C’est pourquoi il nous faut examiner la question de l’outil. Un outil existant n’est ni nous ni le monde sur lequel nous voulons agir. Bien sûr, au moment où nous créons un outil, nous l’extrayons du monde en le concevant comme tel. Peut-on nier alors qu’une forme d’intelligence est engrammée dans l’outil lui-même ? Dès l’usage d’un objet comme interface de la puissance d’agir entre une entité vivante et son milieu, n’y a-t-il pas émergence d’une intelligence artificielle ? Lorsqu’un singe utilise un bâton pour fouiller une termitière, n’a-t-il pas déjà créé une intelligence artificielle ? Son bâton n’est-il pas déjà intelligent ? Non car il faudrait pour cela que le singe ait conçu un outil en modifiant significativement la branche dont il se sert. Or tel n’est pas le cas. Se servir « comme d’un outil » d’un élément naturel existant dans son milieu, sans le transformer en ayant conçu sa transformation, ne suffit pas à attribuer à la branche le statut d’outil comme nous l’entendons. Une branche utilisée par un singe n’a pas le même degré d’outil qu’un tournevis ou une pince car il n’y a ni tournevis ni pinces à l’état brut dans la nature. L’outil que nous voulons évoquer ici est donc issu de la matière mais a été littéralement transformé pour atteindre une fonction qu’on veut lui attribuer consciemment au travers de la conception. Un silex taillé en lame par un homo neanderthalensis pour trancher de la viande animale est donc bien un exemple d’outil primordial comme nous l’entendons. Et seuls les groupes du genre homo ont conçu et fabriqué ce genre d’outils, aucun autre être vivant à notre connaissance.

L’outil est une entité qui ne peut s’examiner que comme moyen utilisé lors d’une activité, en situation, afin d’atteindre une finalité, et dont on peut alors évaluer la performance, par rapport à d’autres entités de la même catégorie (d’autres outils). En exprimant le phénomène de l’outil de la sorte, on voit apparaître les mêmes concepts génériques que ceux qui nous ont servi à définir le phénomène général d’Intelligence. On démontre ici l’intérêt d’étudier un instant l’outil pour mieux comprendre l’IA. L’IA en effet peut revêtir le simple caractère d’outil. Mais elle pourrait potentiellement également accéder au statut d’intelligence générale, ce qui est beaucoup plus qu’un outil, et même au statut de sujet conscient, au même titre que nous, et plus encore, au statut de super-intelligence, un phénomène que nous ne pouvons par définition par comprendre.